Dies Ludorum 2016, du point de vue du photographe

Dies Ludorum, une expérience d’ archéologie historique: pendant un gros week-end, une petite équipe de passionnés vont, en costumes et avec les moyens d’ époque, construire une maison en torchis après avoir installé leur campement.

Dies Ludoum 2016, du point de vue du photographe, donc moi, fut une sorte de folie, de par le nombre de nouveautés expérimentées sur ce long week-end.

Jugez-en plutôt:

  • Une expédition vers la région de Dijon en France, moi qui habituellement reste dans la région Bruxelloise, voire la Belgique, à quelques exceptions près.
  • Un trajet de 500km avec une voiture lourdement chargée, alors que depuis des années je me déplace en avion ou en train.
  • J’ avais, après une longue période d’ abstinence, retesté le logement sous tente lors du campement Viking au barrage de l’ Eau d’ Heure. Comme cela s’ était révélé positif, malgré une météo changeante, je me suis acheté une tente Normande et y ai logé lors de ce campement. Celle-ci ne me sert pas uniquement de logement, mais également d’ espace d’ exposition itinérant. Façon écrivain médiéval itinérant.
  • Un nouvel appareil photo acheté dans la précipitation, parce que j’ avais quelques problèmes avec mon Nikon D3, et avec lequel je n’ avais réalisé qu’ un seul reportage deux semaines avant, à Vienne, lors du wordcamp WordPress Europe.
  • La nécessité de cuisiner sur feu de bois, façon feu de camp, alors que ma dernière expérience datait d’ il y a près de trente ans.
  • Et finalement le plaisir de rencontrer des gens hors normes, vivant leur passion avec une certaine forme d’ acharnement.

Les prémices

Ce projet a été initié par un couple dont j’ avais photographié l’ élément masculin lors de la fête médiévale d’ Etterbeek au cinquantenaire à Bruxelles, où il jouait le rôle d’ un hérault chargé d’annoncer les combattantants.

Deux années plus tard, j’ ai eu l’ occasion de discuter avec eux, alors qu’ ils présentaient une version civile du monde médiéval, en montrant le travail de la laine et de l’ osier. Ils m’ ont expliqué se diriger vers un projet entiètièrement civil, sans m’ en dire plus, probablement parce qu’ ils en étaient à la gestation de leur projet. Je leur avais proposé un échange « photos contre paiement des frais » et nous avons gardé le contact via facebook. En suivant leur activité, j’ ai découvert ce projet initié en 2015 et leur ai proposé mes services, en prenant les frais à ma charge. Pour une fois.

Que dire de ces journées?, sinon qu’ elles ont été chaudes à tout point de vue.

Le voyage et le camp

Pourtant tout n’ avait pas bien commencé: parti de Bruxelles sous un ciel mi-figue, mi-raisin, je suis arrivé sur place sous un fin crachin qui n’ augurait rien de bon. Heureusement, j’ ai pu monter ma tente sous un ciel sec et m’ installer tranquillement.

Le camp se tenait pendant le pont du 14 Juillet, nous sommes en France, et, tout comme les organisateurs, je suis arrivé la veille pour être là avant le gros de la troupe, suivant mes habitudes lorsque je me rend sur un évènement: cela me permet de mieux sentir l’ atmosphère, mais également, du fait de mon arrivée dans des groupes de gens qui, bien souvent, se connaissant déjà, cela facilite mon intégration. La fin de journée a également été fort tardive, parce certains éléments restaient à être mis en place, ce qui m’ a permis de faire les rares photos modernes de ce séjour.
La première journée a été essentiellement consacrée au montage du camp, à son organisation, à la découverte du chantier, à faire connaissance, ainsi qu’ à démarrer certaines activités.
La deuxième journée a été consacrée à la découpe de jeunes branches de noisetier, monter les fondations des murs avec des pierres qui affleuraient à proximité, à placer les poutres de faîte du toit, celles d’ angle étant déjà là depuis l’ année précédente, et monter la structure, jusqu’ à hauteur d’ homme, du clayage qui supportera le torchis. A côté de cela, il y a eu un atelier de travail de la laine, essentiellement le lavage et la teinture: au bas de la collinne sur laquelle nous résidions coule une source avec un bassin tel qu’ encore utilisé par nos grand-mères, du moins en ce qui me concerne.
La troisième journée a été surtout utilisée à la partie la plus amusante du séjour: le retour en enfance. Imaginez un groupe d’ adultes, préparant un tas de boue et y mélangeant du foin, pour en lancer une grosse boulette sur un mur de bois, et, finalement, le lisser amoureusement des doigts. Et, le pire, c’ est que les quelques vrais enfants présents sur le camp ne s’ y sont même pas intéressés. Ils avaient leurs jeux bien à eux, comme de construire une cabane.
D’ autres se sont livrés à des travaux nettement plus propres, comme le tissage de la laine et la fabrication de feutre à partir d’ une toison lavée et cardée.
La fin de journée du samedi a également été consacrée à la préparation du festin du soir, ce qui a occupé une partie de plus en plus grande des participants au fur et à mesure de sa préparation.
Le dernier jour a surtout servi à rapidement clore le chantier de la maison, afin qu’ il puisse bien passer l’ hiver et être prêt à nous acceuillir, dans l’ état où nous l’ avons laissé, l’ été prochain, à parler du séjour, à finir les restes du banquet de la veille, à démonter le camp, nous dire au revoir et à l’ année prochaine.

Cependant, je ne vous ai pas parlé de ce qui a été l’ activité la plus prenante, si pas la plus importante de ce camp: faire la cuisine, préparer les repas, la bouffe, la bectance!, car sans cela, point d’ activités plus ou moins récréatives, point de travail de force.
Et si elle a tenu une part si importante, c’ est parce que le seul mode de cuisson à notre disposition était un immense feu de bois creusé à même le sol. Point de micro-onde, ni de four à chaleur pulsée rotative. Ni de plaque à induction parfaitement réglable. Ici, nous sommes également loin des barbecues que la plupart d’ entre vous connaissent, parce qu’ avant même d’ avoir un feu permettant de cuisiner, il faut savoir le faire et l’ entretenir, pour garder en permanence une zone « flammes » pour les casseroles et poêles et une zone braise pour tout ce qui va mijoter dans des pots en terre cuite, qui ne peuvent en aucun cas subir les rigueurs d’ une flamme.
Donc, une fois cela établi, le temps de préparation et de cuisson est assez long, avec quelqu’ un en permanence à côté à surveiller si tout se passe bien. Presqu’ un retour aux cavernes. Mais pas tout à fait, les recettes étant bien plus élaborées que ce que le Vulgus Pecus croit.
A cela il faut ajouter la réponse d’ une connaissance, habitué de ce type de campement: « mais que faites-vous pendant tout ce temps? » « Essentiellement? » « Oui » « Manger ». Parce qu’ une fois prêt ce repas ne va pas être expédié en deux coups de cuillère à pot, même si, ici, on parlerait plutôt de fourchette: une nourriture qui a demandé une si longue préparation demande une dégustation plutôt que d’ être engloutie au lance pierre. Enfin, la salle à manger est constituée d’ une longue table en U, façon festin chez des Gaulois bien connus, et, si cela aide à la convivialité, cette façon de faire impose de prendre son temps, chaque bouchée étant séparée de la suivante par quelques mots échangés avec ses voisins.

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