Ma photographie
Ma façon de photographier est assez particulière parce que, même en ce qui concerne une photo couleur, sa base est construite comme une photo noir et blanc.
J’ ai commencé à photographier il y a bien longtemps, lorsque j’ étais adolescent.
A l’ époque, j’ utilisais surtout des films dias: cela ne coûtait pas plus cher qu’ un film négatif et j’ avais un « original » avec un cadrage bien précis, et sans avoir à payer pour des tirages 10×15 qui faisaient monter le prix lorsqu’ il s’ agissait d’ un film négatif.
Cela m’ a conduit à cadrer d’ une manière précise, en ayant très exactement la mise en page que je voulais, sans avoir à penser « je corrigerai après ». D’ autant que, dans ce cas, en n’ utilisant qu’ une partie de l’ original, pour un tirage A4, on risquait de faire exploser le grain et nuire à la netteté. Bref, « recadrer au tirage », n’ était pas nécessairement une bonne idée: j’ ai toujours en tête certaines couvertures de Paris Match sur lesquelles il était difficile de reconnaître ce que représentait la photo (j’ exagère à peine).
Lorsque je me suis mis à photographier « sérieusement », donc non plus quelque photos pendant les vacances mais tout au long de l’ année sur des sujet les plus divers, j’ ai commencé à utiliser du film négatif noir et blanc.
Cela avait trois avantages, une fois équipé d’ un labo pour développer mes films et tirer les photos: un coût relativement faible par film utilisé la possibilité d’ analyser le travail réalisé via la planche contact et, enfin, obtenir l’ image telle que je l’ avais imaginée lors de la prise de vue, via différents masquages.
J’ ai donc éduqué mon oeuil pour la recherche des contrastes de lumières, de matières, de lignes de fuite, de structures, … typiques de la construction d’ une image noir et blanc.
J’ ai également développé un style personnel qui était facilement reconnaissable: entre la manière de cadrer, le choix du film, son développement (il n’ y a pas qu’ une manière de développer un film noir et blanc), la manière de tirer le négatif sur un papier plus ou moins « dur », donc plus ou moins contrasté, avec des masquages de parties de l’ image pour la rendre plus claire ou plus foncée), le résultat était très personnel.
Tout cela, pratiqué pendant plus de vingt ans, a créé des réflexes qui perdurent encore aujourd’hui: à l’ ordinateur, je fais le choix d’ une image contrastée, avec de nombreuses zones masquées pour en modifier le contraste et la densité.
A cela, il faut ajouter, lorsque j’ utilisais un film couleur, souvent des Dias, un choix naturel vers des films contrastés et saturés (en Dias, j’ adorais la Kodachrome et, plus tard, la Velvia)
Tout ce passé photographique, fait que je le transpose dans la modernité qu’ est la photo digitale.
J’ ai acheté mon premier boîtier digital en 2010.
Longtemps, j’ ai photographié en noir et blanc lorsqu’ il s’ agissait de travaux personnels: en belgique, le plein soleil est rarement présent, le ciel est souvent d’ un gris laiteux ce qui ne favorise pas l’ usage de la couleur. (J’ ai une certaine faiblesse pour les couleurs qui claquent)
Je n’ ai recommencé à utiliser la couleur que lors de mon premier voyage à Valencia. Depuis, cette photographie couleur est une sorte de photographie noir et blanc à laquelle on aurait ajouté de la couleur.
Ces dernières années j’ ai suivi, par curiosité, des vidéos de divers photographes, la plus part étant des photographes de paysage, racontants leurs aventures sur YouTube et montrants leurs travaux. Les photos sont belles, intéressantes, bien cadrées, mais manquant de personnalité: si ce ne sont les endroits photographiés qui les différencient, on pourrait presque mélanger leurs photos et bien malin qui pourrait dire qui a fait quoi.
La manière de cadrer ne varie pas beaucoup de l’ un à l’ autre, et, dans le travail de postproduction, ils utilisent tous plus ou moins la même méthode, sans y ajouter leur grain de sel histoire de mieux épicer leurs images. Généralement, d’ après ce qu’ ils montrent dans leurs vidéos, ils jouent avec les réglages de base pour obtenir un rendu correct, ni trop des hautes lumières percées, ni noirs bouchés, ce que je nommais au temps du labo noir et blanc une image équilibrée qui me permettait de juger de l’ image sans trop de travail et me permettait d’ évaluer le travail à faire via les masquages. Mais une photo équilibrée n’ est pas une photo finalisée, ce n’ est pas une photo personnalisée , il s’ agit juste d’ une base de travail. D’ accord, souvent ils jouent avec la balance de couleur pour modifier la température des couleurs, mais utilisent peu les capacités de colorimétrie fournies par les réglages de l’ histogramme. Et, ils ajoutent un calque avec un dégradé circulaire pour mettre de la profondeur dans l’ image.
Comme ma façon de travailler me vient du labo noir et blanc, j’ ai pris l’ habitude de travailler en « multi-calques », chacun ayant sa raison d’ être: un calque qui gère le contraste, en photographie de paysage, un pour le sol et un pour le ciel. Plus quelques autres pour augmenter, ou diminuer l’ importance de zones ou objets bien précis, comme un personnage dans l’ image.