L’eau est un miroir du monde.
Elle ne montre jamais directement les choses : elle les transforme, les déforme, les prolonge.
Sous ce titre, Eaux et reflets, se rassemblent les lieux où la lumière trouve un second visage — celui de son passage sur la surface mouvante des rivières, des ports, des lagunes ou des bassins.
Photographier l’eau, c’est photographier le temps.
Chaque instant y devient différent : la même image, une seconde plus tard, n’existe plus.
Le vent, la lumière, la densité de l’air modifient sans cesse le dessin du reflet.
Dans ces variations, la photographie retrouve sa nature première : un art du moment.
Ce n’est pas le paysage qui compte, mais ce qu’il laisse apparaître dans son double tremblé.
Les reflets créent un espace entre réel et abstraction.
Un bâtiment devient trait, un arbre devient tache, un ciel devient vibration.
La composition se renverse : le haut devient bas, le solide devient fluide.
Chaque image est à la fois observation et interprétation.
Ce qui se reflète n’est plus seulement une chose, mais une émotion, une trace de lumière.
Ces eaux et reflets traversent des lieux multiples : la lagune de l’Albufera à Valencia, les ports calmes d’Alicante, les bassins d’un parc, les rivières d’un paysage plus intérieur.
Tous partagent une même respiration : le silence du mouvement.
Rien n’y est figé, tout y glisse, lentement, à la surface du monde.
Photographier l’eau, c’est apprendre à attendre.
Regarder, sans rien forcer, jusqu’à ce que la lumière trouve d’elle-même son équilibre.
Ce qui naît alors, c’est un instant fragile, suspendu entre le visible et son reflet : l’image d’un monde qui se regarde passer.