Les châteaux forts appartiennent à un temps que la pierre n’a pas oublié.
Ils se dressent sur des collines, des sommets, des promontoires, comme s’ils continuaient à surveiller le monde qu’ils ont quitté.
Ces architectures anciennes n’imposent plus la force, mais la présence : celle d’un lieu construit pour résister, et qui résiste encore, face au vent, à la lumière, au passage du temps.
Ce qui m’attire dans ces forteresses, ce n’est pas l’histoire qu’elles racontent, mais la matière dont elles sont faites.
La pierre, rugueuse, marquée, éclatée par la lumière, devient presque abstraite sous le regard.
En noir et blanc, elle révèle sa structure, ses contrastes, son grain — une écriture minérale du temps.
Mais la couleur a aussi sa place : elle restitue la chaleur de la roche, la poussière, la vibration de la lumière sur les murs.
Chaque image naît de cet équilibre entre densité et clarté, entre ombre et éclat.
Souvent perchés, ces lieux offrent une vue en surplomb.
Photographier depuis un château, c’est voir autrement : la ville devient carte, les routes deviennent lignes, le monde prend forme sous la lumière.
De là-haut, la distance transforme la perception.
On ne regarde plus le paysage, on le lit.
Chaque ombre portée, chaque tache claire, chaque relief devient une composition.
Les châteaux forts sont des architectures immobiles, mais la lumière y circule sans fin.
Elle glisse sur les remparts, s’accroche aux créneaux, s’enfuit dans les interstices.
C’est ce mouvement invisible qui m’intéresse : la rencontre entre la solidité du lieu et la fluidité du temps.
Photographier ces pierres, c’est capter le dialogue entre la forme et la lumière, entre la durée et l’instant.
Ces forteresses ne sont pas seulement des monuments : ce sont des points de vue, des lieux où la photographie retrouve sa mesure.
La matière y devient mémoire, et la lumière, son langage.