Ou, plus exactement, comment être sûr d’ avoir les vraies couleurs?
Vous voulez connaître un secret? C’ est impossible…, ou presque.

Revenons à l’ époque où le photographe utilisait des films.

Que pouvons nous apprendre de la façon dont les films étaient fabriqués?

Ce n’ est pas pour rien que les grandes sociétés ont investi des sommes folles dans la recherche pour créer des films performants.
Mais chacune avait sa philosophie en ce qui concerne les couleurs.

Travailler avec des films négatifs

De plus, si vous travailliez avec des négatifs, vous aviez en plus l’ interprétation du laborantin qui pouvait faire ce que la machine lui dit ou interpréter en plus chaud ou plus froid. Je me souviens d’ une photo d’ un sous-bois avec un ruisseau qui était revenue, en 10×15, avec une belle lumière dorée. Je me suis dis que j’ allais la faire agrandir pour l’ encadrer. Mais l’ agrandissement était… plat. Adieu la lumière dorée. Le laborantin a du faire le tirage en “automatique”, avec la machine qui a fortement corrigé avec du bleu.
En lui-même le tirage n’ était pas faux, juste mauvais, parce que trop neutre.
C’ est une des raisons pour lesquelles la Dia était fortement prisée des photographes expérimentés: ce n’ est pas qu’ ils n’ avaient pas de surprises colorimétriques, mais elles étaient moindres. Dans ce cas, chaque type de film avait des caractéristiques bien connues, ce qui permettait au photographe de jouer avec leur rendu.
Agfa, que je ne citerai que pour mémoire, n’ avait que des films négatifs, corrigez moi si je me trompe, avec une tendance au jaune. Mais cette marque a peu à peu disparu, pour ne laisser la place qu’ aux deux “cadors” qu’ étaient Kodak et Fuji.

Travailler avec des films dias

Kodak

Si tout le monde a entendu parler de la Kodachrome de Kodak, film Dia aux caractéristiques très particulières, un film aux couleurs contrastées, plutôt saturé et légèrement magenta dans les ombres, les Ektachromes de la même marque sont moins connus: plutôt doux, des couleurs moins contrastées et une très légère dominante jaune.

Fuji

Début des années ‘80, Fuji est arrivé sur le marché Européen avec des films Dias plus contrastés et très légèrement bleutés, ce qui, pour la photo de paysage fonctionnait bien. Chez eux, le film de référence était la Velvia, comparable à la Kodachrome, mais pouvant, dans des lumières de fin de journée, devenir franchement orange. De plus, son contraste et sa saturation élevée, permettait de le surexposer très légèrement. De chez Fuji, je me souviens également de films Dias dédiés aux portraits, donc plus doux, et plus neutres.

Que faut-il retenir de ces caractéristiques de films?

La conclusion de cette énumération est, ma foi, fort simple: si ces sociétés n’ ont jamais dit “j’ ai créé le film parfait aux couleurs justes”, alors pourquoi s’ escrimer à essayer d’ avoir ces fameuses couleurs justes? Les couleurs font partie du processus de création, tout comme la palette du peintre. Chacun les utilisera en fonction de sa façon d’ appréhender son sujet et de ses envies.

L’ équilibre colorimétrique des films

Dernier détail: les films étaient équilibrés pour une température de couleur bien précise: 5600°K. Si vous vous en écartiez, vous introduisiez automatiquement une dominante dans la photo, dominante qui pouvait être corrigée par des filtres. L’ exemple le plus connu était celui de l’ éclairage intérieur, au tungstène, qui donnait des photos de jaune à franchement orangé, parce que la température de couleur de cette lumière est proche de 3400°K

Le film n’ était donc pas le seul élément qui influençait la couleur.

La lumière qui vient éclairer votre scène va également participer à la tonalité de celle-ci: ce n’ est pas pour rien que de nombreux photographes aiment à travailler tôt le matin ou en fin de journée: outre une lumière plus rasante qui révèle les détails, elle est plus chaude, donc plus flatteuse, que celle du milieu de journée.
Une température de couleur à 5600°K, n’est atteinte qu’ un jour ensoleillé à midi, et certainement pas en hiver, le soleil étant trop bas sur l’ horizon. Donc, que ce soit en hiver, le matin ou le soir, la température de couleur est plus basse, ce qui donne une lumière plus chaude et donc également les photos.
Par contre, une journée nuageuse, sans soleil direct, influençait la balance des couleurs dans l’ autre sens: on dépassait les 5600°K et les photos étaient plus bleutées.

Et lorsqu’ il faut reproduire des couleurs à l’ identique?

Dans ce cas, nous versons dans une photographie plus technique: s’ il s’ agit de reproduction d’ une oeuvre d’ art (peinture, dessin,…), une charte de couleur sera photographiée avec l’ oeuvre. Cette charte étant faite de couleurs bien définies dont les caractéristiques sont connues et donc faciles à reproduire.
S’ il s’ agit de photographier des vêtements pour un catalogue, la procédure est semblable: une fois l’ éclairage installé, le modèle est photographié avec une charte de couleur, ce qui permettra d’ avoir des couleurs semblables lors de l’ impression.
De plus, en général, pour ce genre de travail, le photographe ne se fie pas à la lumière du jour, mais utilisera des flashs de studio, équilibrés pour avoir une colorimétrie neutre.

Revenons à la modernité: comment régler son appareil photo pour la couleur?

Si vous photographiez en RAW, vous ne faites rien, avec la couleur sur automatique: tout se passera dans le logiciel de développement.
Quel que soit le logiciel utilisé, vous avez au moins deux types de réglages qui vous permettent de jouer avec la colorimétrie: un réglage de température de couleur qui vous permettra de définir votre dominante, couplé à un réglage de teinte, et les réglages TSL (teinte, saturation, luminosité), qui caractérisera votre “film”.

Si vous avez laissé votre appareil photo choisir, vous verrez qu’ il vous donnera le couple température de couleur / teinte idéal pour avoir l’ image la plus neutre possible. A vous de décider de ce que vous aller faire: le garder, le modifier pour une image plus chaude, donc augmenter la température de couleur, ou une image plus froide, donc diminuer la température de couleur.
J’ ai fait le choix de travailler comme avec des films, donc je règle systématiquement ma température de couleur à 5600°K, avec un rien de magenta.

Pour les réglages TSL, vous choisissez en fonction de la photo et de vos goûts, en faisant attention de ne pas tout changer à chaque image: une série doit être cohérente.

Pour ma part, j’ ai créé quelques LUTs couplés à des réglages TSL en fonction de ce que je photographie.

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