Le portrait de studio

Le portrait de studio, oui, mais mâtiné de mode, de maquillage.

Le portrait de studio est un des éléments les plus fascinants de la photographie, parce qu’ il s’ agit de capter une expression fugace sur le visage du modèle.

Le portrait de studio peut-être une des choses les plus frustrantes que je connaisses, parce qu’ à force de régler des éclairages pour les rendre les plus appropriés possible au visage qui s’ offre à vous, vous allez perdre ce qui fait l’ essence même du portrait: la spontanéité, le naturel, l’ expressivité de votre modèle.

Non pas que je n’ aime pas ciseler un éclairage pour un visage bien défini, mais je préfère encore lui laisser une certaine marge de manœuvre, une certaine « bulle » de lumière, dans laquelle il pourra se mouvoir. Dans laquelle cette tête se sentira à l’ aise, en confiance.

La lumière en perdra peut-être en précision mais, en pouvant se mouvoir, mon modèle va gagner en liberté, en expressivité.

Tant qu’ il s’ agit d’ une personne dont poser n’est pas le métier.

C’ est la raison pour laquelle j’ ai ajouté « oui, mais mâtiné de mode, de maquillage ».

Ici, nous entrons dans un domaine bien différent, celui de l’ imaginaire. Le modèle n’ est plus l’ « objet » à représenter, mais un des éléments de ma composition. Ou plus exactement le socle sur lequel la photo va venir se construire.

Tout part d’ une idée de base, liée à une ambiance que l’ on cherche à recréer, à une sorte de projection de l’ esprit dans le futur. Le point de départ est parfois le modèle en lui même, mais cela peuvent être des vêtements ou un maquillage. Ensuite il va falloir faire en sorte que ces trois éléments s’ unissent vers un résultat final. Raison pour laquelle, dès que le mot « mode » est prononcé l’ équipe s’ étoffe: ce n’ est plus juste un photographe et son client à photographier, mais le travail d’ une équipe de quatre personnes pour arriver au résultat imaginé par l’ une d’ entre elle, le photographe. Au photographe viennent se joindre une styliste, une maquilleuse et un modèle plus ou moins professionnel.

Je n’ aime pas trop ce terme de « professionnel » parce qu’ il enferme des habitudes, des réflexes conditionnés. Il est vrai que ces modèles permettent d’ aller loin dans l’ idée: elle savent quelles attitudes prendre pour rendre la photo plus efficace, mais en même temps elles risquent de reproduire des habitudes de travail qui rendront mon image semblable à beaucoup d’ autres.

Donc d’ un côté vous pouvez créer des lumières plus précises, un bon modèle se doit de les connaître presqu’ aussi bien qu’ un photographe, lui demander de modifier très légèrement sa pose pour que la lumière « tombe bien », tout en lui demandant de garder un air naturel, expressif.

Mais d’ un autre, si le photographe a dans sa tête un catalogue de lumières et de cadrages, elle, elle a dans la sienne un catalogue d’ habitudes.

Aussi, ai-je pris l’ habitude de « déséquilibrer » mon modèle, de lui faire perdre ses repères en l’ enfermant dans une logique différente, soit en lui racontant une histoire ou en lui faisant jouer avec des objets qui l’ entourent, si nous sommes dans une maison ou un appartement momentanément transformé en studio.

A partir de ce moment là elle fait appel à sa fantaisie, son imagination, voire son imaginaire et me surprendra à tous les coups. Avec un petit plus: si je vois passer quelque chose de trop fugace que  pour être photographié, il est possible, tout comme une prise de cinéma, de remonter le temps pour tenter de la faire réapparaître.

Enfin  vient l’ art du photographe: jauger la lumière, évaluer la manière dont celle-ci tourne autour du modèle, voir comment elle sculpte son visage. A partir de là certains travailleront avec des lumières douces, mais, issu du monde noir et blanc argentique, j’ ai pris l’ habitude de travailler avec des lumières allant de dures à très dures, quitte à devoir passer plus de temps sur la retouche.

Et, finalement décider quel cadrage utiliser.

Les photos que je vous montre ci-dessous sont issues de différentes séries sorties de mon imagination. Surtout des images de portrait « beauté » et beaucoup en noir et blanc argentique. Le but est de vous montrer les ambiances qui peuvent être créées à partir de ces différents éléments: modèle, maquillage, lumières.

Un autre article vous montrera des photos issues d’ une même séance et, donc, la manière dont celle-ci a évolué au fil des heures.