Le Fuji X-PRO 2

Pourquoi ce boitier?

Utiliser un D3 en rue, c’ est un peu comme utiliser un maillet pour tuer un moustique et, si j’ utilisais le 105mm, on passait à la massue: c’ est visiblement trop volumineux que pour rester dans la discrétion, d’ autant plus que la démultiplication des objets permettant de faire des photos nous a sensibilisé à la présence d’ un objectif.

Donc, depuis longtemps, j’ envisageais d’ acheter le X-Pro 1, mais l’ arrivée du X-Pro 2 début de cette année, ainsi que son prix, près de deux fois celui du X-Pro 1, me l’ avait fait reporter, non pas aux calendes Grecques, mais au plus tôt au début de l’ année prochaine.

Je n’ ai jamais eu l’ occasion de vraiment travaller avec ce premier boitier télémétrique de chez Fuji, mais l’ avais eu en main pour un rapide test, donc je pense que cette brutale augmentation de prix se justifie difficilement. Certes, il m’ a été dit qu’ à sa sortie le X-Pro 1 avoisinait ce prix, mais s’ il a si fortement diminué, je ne pense pas que ce soit dû à son âge, mais simplement que l’ investissement consenti par Fuji pour créer ce premier boitier digital a été rentabilisé, d’ autant plus que Fuji a surfé sur la vague de son succès en créant une gamme de boitiers basés sur le même capteur ainsi qu’ une leurs optiques. Certes, l’ X-Pro 2 est une version améliorée, modernisée de son célèbre prédécesseur l’ X-Pro1, mais, de mon point de vue, ces modifications ne valent pas la différence de prix.

Raison pour laquelle j’ avais décidé d’ attendre au moins un an avant de l’ acheter, histoire de voir si son prix n’ allait pas baisser. Malheureusement, un problème sur une de mes optiques Nikon, m’ a contraint à un achat dans l’ urgence du boitier avec deux optiques, dont une pour remplacer celle qui était partie au SAV Nikon. Et donc, moins d’ une semaine avant de partir à Vienne, je me suis retrouvé avec un matériel qui m’ étais presqu’ inconnu. Et, donc, ce qui suit sera la petite histoire de ma découverte du X-Pro 2 ainsi que des deux optiques, un 35mm et un 56mm embarquées dans la même aventure. Sans perdre de vue que j’ ai eu très peu de temps pour faire des expérimentation et que j’ ai donc fais ce à quoi je suis habitué: un réglage général me permettant de faire face à la presque totalité des situations.

Pourquoi le télémétrique?

Pourquoi le télémétrique X-Pro 2 et non pas un réflex? simplement parce que plus petit, plus discret, moins intrusif pour ceux qui sont en face de moi, par rapport à un Nikon D3. Fuji a complété sa gamme avec des boitiers au look de réflex, mais ils seront toujours plus imposants que l’ X-Pro2. Avec une petite prime pour le photographe utilisateur: les gens photographiés croient voir un ancien appareil, tel le Leica que j’ ai utilisé il y a quarante ans, et leur attitude en est complètement changée, moins méfiante, avec, surtout, un grain de curiosité qui m’ a permit d’ entamer des conversations sur le sujet. Donc, comme je voulais un boitier plus adapté à la photographie de rue, il a parfaitement rempli son rôle.

Les premiers problèmes

Cependant, tout n’ a pas été simple: ce boitier, petit pour mes mains, est littéralement truffé de boutons d’ accès rapide à différentes fonctionalités comme le passage au mode vidéo. Et vu l’ endroit où se trouve ce bouton, juste en dessous du déclencheur, sur la face avant, je me suis, à de nombreuses reprises, retrouvé occupé à filmer « à l’ insu de mon plein gré ». En me lisant, au calme, avec une connaissance post évènement de la surprise, vous vous dites « Ok, il a donc stoppé rapidement la fonction vidéo pour revenir au mode photo, donc où est le problème sinon juste un peu de temps perdu? ». Que nenni!, mon bon lecteur, parce que, pour savoir que ce bouton mal placé actionnait la vidéo, j’ ai dû attendre d’ être de retour et de relire à tête reposée la brique qu’ est le mode d’ emploi. Ce qui veut également dire que lorsque cela m’ est arrivé la première fois, étant incapable de sortir de ce mode, j’ ai utilisé la solution la plus radicale pour revenir au mode photo: l’ interrupteur que j’ ai basculé en « off ». Donc, à tête reposée, commencez, lors de l’ achat, à faire la chasse à tous ces boutons, et il y en a un peu partout, pour les mettre sur « nul ». Je ne dis pas qu’ ils sont inutiles, mais j’aurais fortement apprécié que, nativement, ce soit moi qui décide de les utiliser ou non et quelles fontions leurs attribuer.

Parce que j’ ai très certainement dû toucher à d’ autres boutons: plusieurs reprises j’ ai été obligé d’ aller dans le menu pour remettre en place certaines de mes options de base, l’ une ou l’ autre ayant permuté accidentellement suite à l’ appui sur un de ces boutons pièges. Les deux plus courantes, après le mode vidéo, ont été la manière dont il faisant la mise au point et la manière de mesurer la lumière. Gênant, non?

Un autre problème, pour ceux qui viennent d’ un D3 ou assimilé: commencez par vous acheter un stock de batteries et vous assurer l’ accès à une prise de courant pour les recharger, parce que dans la situation la plus optimiste vous allez en consommer au minimum deux par jours: sur le deuxième reportage effectué avec ce boitier, un camp médiéval sous tente, et probablement suite à l’ humidité des premiers jours qui devait influer sur la charge de mes batteries, j’ en ai utilisé jusqu’ à trois par jour, du moins tant que le soleil ne s’ est pas joint à nous. Alors qu’ il y a deux ans j’ ai fais un campement passablement pluvieux avec la seule batterie de mon Nikon D3. Ils disent que le Fuji X-Pro 2 est tropicalisé, mais j’ ai quelques doutes.

Mais aussi du plaisir

Donc, si ma première semaine d’ utilisation intensive a été quelque peu énervante, il reste que je suis très heureux de l’ avoir acheté: une fois que je l’ ai eu bien en main, il me permet de travailler très facilement, avec un oeuilleton très clair, qui a un correcteur de dioptrie, dans lequel de nombreuses informations sont visibles, avec un petit bémol: comme ces information sont affichées en blanc, c’ est un problème sur des plages claires qui les rendent illisibles. Les fichiers sont précis et compables à ceux de mon Nikon, en terme de définition et de qualité. L’ utilisation du viseur optique est très satisfaisant dans la très grande majorité des cas et le fait que le cadre du 35mm laisse un généreux pourtour de visible, rend la prise de vue dans une foule en mouvement très confortable parce qu’ il est possible de voir ce qui s’ approche de la zone cadrée. En ce qui concerne le 60mm, pour du portrait tranquille, ce même viseur, même si plus petit, reste facilement utilisable. J’ ai fait des essais en mode électronique, pour améliorer la précision de mes cadrages, mais, étant en lumières artificielles, il était plutôt désagréable à utiliser. Peut-être y a-t-il moyen de régler cela mais je n’ ai pas cherché. Par contre, en lumière du jour, et pour des photos de détails où la précision compte, je conseille fortement d’ utiliser la version électronique.

 

Les profils colorimétriques typiquement Fuji

 

Ce boitier, comme tous ceux de chez Fuji, ont un gros atout caché sous leur capot: il donnent la possibilité d’ utiliser des profils colorimétriques déjà créés et correspondants aux films de chez Fuji, que ce soit en noir et blanc, en négatif couleur ou en diapositive. Personnellement, j’ ai un faible pour le profil Velvia, tout en émettant une légère réserve sur la manière de créer leurs profils noir et blanc: au lieu de jouer avec l’ entièreté des éléments à diposition dans Lightroom, soit le passage au noir et blanc ainsi que l’ utilisation d’ un profil normal, le passage au noir et blanc se fait directement via le profil, ce qui rend inactif les réglages TSL, induisant un petit problème sournois, le tri via le type de traitement, noir et blanc ou couleur, étant alors inopérant.

La prise de vue

Passons à la prise de vue elle-même, mise au point, mesure de la lumière et ouverture car c’ est là que j’ ai eu mes vrais problèmes mais également un très grand plaisir. D’ abord, et j’ insiste, je suis passé d’ un Nikon D3 directement au Fuji X-Pro 2 pour du travail sérieux, donc j’ ai remarqué quelques petites différences, subjectives, certes, mais réelles puisque, dans l’ usage d’ un boitier, ce sont ces sensations qui vont en faire un « bon » ou un « mauvais » outil. La mise au point est plus lente, voire nettement plus lente en basse lumière, avec une certaine imprécision conduisant à une mise au point au mauvais endroit. J’ ai nettement plus d’ erreur de mise au point qu’ avec le D3. L’ autre problème est sa mesure de lumière, en basse lumière: elle est plus capricieuse que sur le D3 et je peux avoir de grosses variations d’ exposition (2IL, par exemple) entre deux photos alors que le cadrage change à peine.

Par contre, retrouver une bague de diaphragme, pour moi qui me trompe encore régulièrement de roulette, a été comme un voyage au septième ciel qui m’ a permis de retrouver des sensations de photographe. Il faut ajouter à cela que, dans le viseur, une barre vous montre la profondeur de champ disponible pour la photo, ce qui m’ a toujours manqué sur les boitiers modernes: plus moyen d’ évaluer visuellement celle-ci!

Un petit test

Comme je ne voulais pas me contenter d’ un avis subjectif, j’ ai réalisé une double série de ma tente médiévale avec son décor: elle est dans une zone d’ ombre de mon jardin, mais le soleil vient en éclairer différentes parties pendant sa course de l’ après midi. J’ ai utilisé les deux boitiers et deux optiques, la focale standard et un petit télé, en essayant de produire plus ou moins les mêmes séries avec chacun d’ eux. La sensibilité a été réglée sur 400 ASA et les ouvertures étaient de f/2,8 et f/8 en alternance, pour voir quelles étaient les différences de profondeur de champ, la taille du capteur n’ étant pas la même.

Le test n’ a pas vraiment été concluant, dans le sens où il est très difficile de différiencer les photos réalisées avec l’ un ou l’ autre boitier. Dans une certaine mesure, j’ ai tout fait pour, en utilisant un prérèglage orienté Velvia/Kodachrome pour le D3 et le réglage Velvia pour l’ X-Pro 2.

Si je compare les fichiers « bruts de boitiers » vous verrez que certaines images sont plus vertes dans les ombres: ce sont celles du boitier X-Pro2. Ici elles sont sans réglages, avec un profil « adobe standard ». Autre point intéressant: les fichiers Raf sont plus clairs que les Nef, ce qui induit un risque de zone brulée impossible à récupérer. Il y a un autre détail à signaler: le D3 dispose d’ un système dit « D-Lightning », qui, une fois activé, retravaille les ombres pour mieux les détailler. Conçu essentiellement pour être utilisé aux hautes sensibilités et pour des lumières très contrastées, comme des lumières de scène, il est activé en pemanence sur mon boitier, quelle que soit la lumière.

Voici donc les photos telles qu’ elles sont avant de recevoir mes réglages de base, mais avec un profil colorimétrique. En ordre mélangé pour vous faire deviner quelles sont celles du Fuji et celles du Nikon.

Mon réglage de base pour le D3 est un profil créé via une charte et son logiciel, plus quelques ajustements au niveau des couleurs RGB du module « étalonnage de l’ appareil photo ». Pour l’ X-Pro2, j’ ai utilisé le profil « Velvia » créé par Fuji, avec le même genre de correction que pour le D3. Mais j’ ai remarqué une tendance au vert dans les ombres, ce qui fait que mon profil définitif n’ est pas encore déterminé, alors que le profil créé pour mon D3 est assez stable. Pour rappel, la Velvia était plutôt chaude dans les ombres et virait carrément à l’ orange pour des prises de vues de fin de journée en plein soleil, le summum étant atteint lors d’ un coucher de soleil.

Une série Nikon

Une série Fuji

Ci dessous, une série mixte qui montre plutôt bien les avantages du D-lighning: les fichiers du D3 sont nettement plus sombres alors que pour compenser le manque de détails dans les ombres, l’ X-Pro2 va surexposer. Mon choix de photos n’ est pas innocent, mais il illustre bien mon propos.
Il faut savoir que je suis souvent confronté à des situations « maintenant ou jamais », donc, n’ai pas le temps de chipoter mes réglages.

 

Une série mélangeant les deux boitiers, finalisée pour le web

En fait, si dans la première série, je vous avais montré des photos avec le profil colorimétrique « velvia » tel que proposé dans le boitier et, donc, le logiciel, j’ aurais eu une méchante dominante de vert dans les ombres.

Et, enfin, une série montrant mes tests de profil sur une photo de paysage: la dernière est celle utilisant le profil de Fuji, les autres sont celles du profil corrigé. En fait, pour me rendre compte de la froideur de la première, il m’ a fallu attendre de  voir celles qui tiraient au vert dans les ombres.

 

 

Ce qui m’ a énervé et m’ énerve encore

Devoir accéder au menu, et assez profondément dans celui-ci, pour pouvoir effacer mes photos.

Les photos ne sont pas effacées des cartes, celles-ci étant carrémént reformatées.

Si je règle le système de visualisation sur « viseur seul », je ne peux pas accéder au menu. Pour ce faire je dois le régler sur « viseur+détecteur oculaire », ainsi dès que je cesse de viser la main passe à l’ écran dorsal. Mais, vu la faible capacité des batteries, c’ est un gaspillage d’ énergie.

La roulette de modification de l’ exposition, sous-ex ou sur-ex: je vais finir par me la scotcher, voire froidement la coller, tellement elle a un tendance à bouger lorsque je porte ce boitier à l’ épaule, ce qui est la situation la plus habituelle pour un boitier dont la destination est le reportage. En quarante ans de photos, je n’ ai jamais eu, où alors sur des cas types comme un champ de neige, à utiliser ce genre de réglage. Je ne comprend donc pas pourquoi cette roulette n’ a pas un verrouillage. Et si une correction doit être faite, il suffit de décadrer, mesurer, mémoriser et recadrer, ce qui est plus simple et rapide.

Le connecteur USB du boitier n’ est pas le même que celui du D3: il est un rien plus petit. J’ avais l’ habitude de récupérer mes photos directement de mon boitier, maintenant je dois me promener avec un lecteur de carte.

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